La démarche diagnostique en aquariophilie

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poisson rouge malade

Avant de parler de pathologies, de traitements, de recettes, il est bon de faire le point sur la démarche diagnostique.

J’entends trop souvent n’importe qui dire n’importe quoi sur ce sujet, au risque de tuer plus que de soigner.

Les plus dangereux de ces mauvais conseilleurs fréquentent assidûment les forums internet.

But et principe du diagnostic

Donner une explication à un état pathologique, voilà le but du diagnostic. En médecine humaine, le diagnostic est basé d’abord sur un examen clinique. Le médecin s’efforcera de recueillir un maximum de symptômes et d’observations avant de commencer à réfléchir.

A la fin de cet examen, il tentera de proposer de une à trois hypothèses. Le choix pertinent des hypothèses sera fait en fonction de l’épidémiologie.
Quel âge a le patient, est-il dans une population à risque, quels sont ces antécédents, quelles épidémies sont présentes sur la zone géographique, etc…?

Si le médecin, après réflexion, ne garde qu’une hypothèse, alors il passera directement à la prescription.

Si plusieurs hypothèses cohabitent, il faut prescrire des examens complémentaires. Le choix des examens ne doit pas se faire au hasard mais pour confirmer ou infirmer une hypothèse.

En prescrivant au hasard des examens complémentaires, on a plus de chance de trouver un faux positif (erreur du test alors que le patient n’est pas malade) que de trouver la cause de la maladie.

Les examens complémentaires peuvent aussi permettre d’adapter un traitement (ex: un antibiogramme permet de déterminer l’activité des antibiotiques contre une bactérie donnée)

La démarche diagnostic est un domaine passionnant. Aujourd’hui, elle est souvent présentée sous la forme « de conduite à tenir face à … » (une infection urinaire par exemple).

La méthode diagnostique en aquariophilie

En aquariophilie, les méthodes diagnostiques restent très sommaires. La démarche peut être résumée dans le schéma ci-dessous.

La méthode diagnostique en aquariophilie

Observation dans l’eau

C’est une étape importante qui permet d’orienter les recherches. On s’intéressera d’abord au milieu. Un rapide recueil des paramètres de l’eau du bac et des commémoratifs permettra de connaître l’importance du milieu dans la pathologie constatée.

exemples: 

Si l’eau d’un bac amazonien est tombée à 23°C pour une raison ou pour une autre, on recherchera avec beaucoup d’attention les symptômes évocateurs de points blancs. Cette maladie est favorisée par une baisse de la température.

Si l’aquariophile a utilisé récemment un anti-parasitaire d’environnement pour ces chiens, on prêtera une attention toute particulière aux symptômes d’intoxication aiguë. Les anti-parasitaires canins sont toxiques pour les animaux à sang froid.

Toutes les modifications récentes des paramètres de l’eau de l’aquarium, du matériel, de la population, etc. doivent faire l’objet d’un soin attentif.

diagnostique aquarium

Ce stade est très important et doit prendre en compte de multiples hypothèses. C’est l’imagination au pouvoir !

  • Laisser vous guider par votre instinct, sans vous emballer.
  • Laisser vous guider par votre expérience, sans vouloir à tout prix coller sur un cas déjà rencontré.
  • Laisser vous guider par votre raisonnement et explorer avec attention toutes les pistes possibles.

Cette étape est plus proche du raisonnement policier que du raisonnement scientifique.
Cherchez des suspects, reconstituez le drame !

Observation des poissons

Observez, en premier, le comportement  général des poissons à une distance appréciable afin de ne pas les stresser. Tentez de répondre aux questions suivantes :

  • La nage est-elle normale ?
  • Les poissons sont-ils stressés ? ( prostration dans un angle du bac ou nage dans tous les sens sont des signes de stress )

Rapprochez-vous ensuite, doucement, pour observer individuellement les poissons ou les cadavres.Recueillez tous les symptômes.

Attention aux cadavres et aux poissons très atteints, les symptômes de surinfection sont nombreux et ils risquent de vous induire en erreur. Exemple des mycoses qui sont plus souvent une surinfection et qu’une cause de mortalité.

Regardez surtout les poissons peu atteints qui exprimeront de façon plus visible la maladie originelle.

Avec un peu d’expérience, on peut voir à l’œil nu :

  •  Certains parasites externes (points blancs, crustacés parasites) et certaines infections mycosiques.
  • Des lésions de nature différentes (plaie, ulcère, papules, etc…). Ces symptômes ne peuvent pas vous permettre de trancher sauf dans certains cas : les traumatismes

– une plaie blanchâtre évoque une brûlure lorsque le poisson est prostré près du chauffage.
– la plaie a une forme circulaire de quelques millimètres et un gyrino est présent dans le bac
– les nageoires sont coupées proprement et des barbus de Sumatra ou des poissons agressifs sont présents dans l’aquarium.

  •  Des symptômes de détresse respiratoire : poissons avec la gueule ouverte, les mouvements respiratoires sont anormaux.

Relevez avec précision et exactitude, la chronologie, le nombre des poissons morts et leur espèces, le nombre des poissons malades et leurs espèces, le nombre des poissons apparemment sains et leurs espèces.

Cette étape vous permettra de qualifier la mortalité :

  • aiguë ou foudroyante
  • subaiguë ou rapide
  • chronique qui tue à petit feu

De définir l’épidémiologie de l’infection en cours :

  • est-elle spécifique (propre à une espèce) ?
  • s’attaque-t-elle à une population spécifique (poissons de fond par exemple) ?

Voilà, vous en terminez avec l‘observation. Cette étape prend environ 10 minutes mais peut-être plus longue si vous réalisez des tests sur la qualité de l’eau.

Quelquefois, vous êtes à même de déterminer la cause de la mortalité. C’est le cas lorsque les paramètres d’eau sont complètement délirants.

La plupart du temps, il faudra orienter votre recherche vers des examens complémentaires.
Appuyer vous sur la littérature pour émettre des hypothèses.

L’autopsie et l’observation microscopique

En matière de médecine vétérinaire, le poisson d’aquarium fait partie de la médecine des grands nombres et on aura recours au sacrifice pour autopsie d’un petit nombre de poissons.

Cette étape est obligatoire pour donner un diagnostic sérieux. Les signes externes de beaucoup de maladies sont peu symptomatiques. On ne peut pas les lier avec certitude à une maladie.

Malheureusement, cette technique est chère et nécessite un grand savoir-faire. Les magasins d’aquariophilie seraient bien inspirés de se former à ces techniques ou de faire intervenir des professionnels.

Le sacrifice pour autopsie ne peut se faire dans le cas de l’amateur. Le poisson malade est souvent unique, aux yeux de son propriétaire.

On utilise un plan de travail adapté (paillasse), un nécessaire à autopsie, une loupe binoculaire et un microscope optique.

Je passe sur les techniques d’autopsie et je vous renvoie à Bauer R, MALADIES DES POISSONS D’AQUARIUMS. Cet auteur commence très intelligemment son livre par les moyens de prévention.

On utilisera les techniques courantes de l’anatomie pathologique. On recherchera les lésions sur les organes vitaux. Au besoin, l’autopsie s’attardera sur des organes annexes.

On peut réaliser un frottis sanguin pour détecter certains parasites spécifiques de l’Afrique.

Les prélèvements seront observés au microscope avec ou sans coloration (technique qui permet d’augmenter le contraste).

Les lésions microscopiques sont parfois évocatrices de la cause de la maladie. Par exemple, un foie hypertrophié plein de gouttelettes lipidiques est à mettre en rapport avec une alimentation trop abondante.

Cette étape permet de détecter pratiquement toutes les infections parasitaires ou mycosiques.

Certaines bactéries peuvent être mise en évidence par microscopie optique. C’est le cas de Flexibacter Columnaris.

Remarque : la fréquence de Flexibacter Columnaris est certainement surévaluée dans les diagnostics à cause de cette particularité. On la voit facilement, donc on la trouve fréquemment.

Si les lésions et l’observation ne permettent pas de trancher entre les hypothèses, on passe alors aux examens complémentaires.

Les examens secondaires

La bactériologie

On aura recours très fréquemment à la bactériologie qui permet de connaître l’espèce bactérienne en cause dans une pathologie.

On ensemence un milieu spécifique (choisi en fonction des hypothèses) avec un prélèvement, effectué le plus souvent sur la peau ou sur les reins. En fonction des résultats de l’autopsie, le prélèvement peut être réalisé sur une autre partie du corps.

Après incubation ( à température ambiante en pisciculture ),  on identifiera la bactérie, c’est à dire qu’on lui donnera un nom.

Les bactéries aquariophiles sont spécifiques et leurs conditions de croissance aussi. Les laboratoires pouvant faire ce travail se comptent sur les doigts d’une main.

Le Laboratoire Vétérinaire Départemental du Jura, spécialisé dans la pisciculture, est à même de réaliser les autopsies et les examens complémentaires qui s’imposent.

L’antibiogramme

Suite logique de la bactériologie, l’antibiogramme permet de préciser à quels antibiotiques la souche bactérienne est sensible ou résistante.

Les résultats sont néanmoins à prendre avec des pincettes, car les techniques humaines sont difficilement transposables à l’univers aquatique.

La virologie

En virologie, on ensemence un tapis cellulaire et on observe les modifications de ces cellules à l’aide du microscope ou de techniques d’immuno – fluorescence. On utilise des techniques et des souches cellulaires humaines peu spécifiques. De plus, la virologie piscicole n’a été étudiée que sur les poissons de chair.

Autres ( liste non exhaustive )

  • la radiographie permet de détecter des problèmes osseux ou des malformations de la vessie natatoire.
  • analyse sanguine
  • analyse alimentaire
  • etc…

l’éthique

Un diagnostic ne peut être réaliser que par un vétérinaire. En dehors de cette profession, on parle d’exercice illégal de la médecine vétérinaire et c’est très sévèrement puni par la loi.

Heureusement pour les aquariophiles, la profession vétérinaire est peu intéressée par le monde aquatique. Vous ne risquez pas grand chose mais au moins, je vous aurais mis au courant.

Évitez quand même les tons péremptoires lorsque vous conseillez quelqu’un sur un forum.

Le code de déontologie de ma profession m’interdit de réaliser des diagnostics à distance. Il est donc inutile de m’envoyer les symptômes de vos poissons malades par e-mail, je n’y répondrais pas.

Conclusion

N’oubliez pas le contexte
C’est d’abord votre bon sens qui doit vous guider !

Le diagnostic en aquariophilie, s’il est basé uniquement sur l’observation et l’expérience, ne peut être complet. Il faut donc rester humble.

Même le meilleur et le plus expérimenté des observateurs ne peut diagnostiquer qu’un tout petit nombre de maladie. Il doit donc rester humble et ne pas trancher de façon péremptoire, comme je le vois trop souvent faire dans les forums et parfois même dans la presse aquariophile.

 » un point blanc n’est pas forcément une maladie des points blancs  » .
Souvenez-vous toujours qu’un point blanc peut être dû à une autre cause que la maladie du point blanc.

La démarche diagnostique en aquariophilie
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